Sénécide.

Je sors lentement de ma grippe – avec une petite idée de comment ce truc s’est propagé aussi largement – et je continue a rédiger deux articles de fond, complétés par un troisième de Arkmedic.

C’est en cherchant un lien vers une définition du mot « sénécide » que je suis tombé sur un article dont voici un court extrait, qui donne une perspective historique sur le modèle en train de se mettre en place, fait de normalisation de l’euthanasie et du sénécide. S’il passe, la chrétienté n’aura donc été qu’une brève parenthèse entre la barbarie primitive, voir ci-dessous, et la barbarie technocratique à la Attali. Faut-il y voir un élément de réponse à cette question: la créature humaine est-elle tarée de naissance?

Source.


Je partirai seul dans la neige (extrait)

Justin Nobel

28 août 2015

[…]

Funèbres coutumes

Il existe peu de documents relatifs à la façon dont différentes cultures procédaient pour mettre à mort leurs doyens – une pratique nommée sénécide. Il en existe cependant quelques uns. Dans le Japon rural, à l’âge de 70 ans, les pères et les mères étaient conduits par leurs fils en haut d’une montagne sacrée appelée Obasute-yama, ou « Montagne où l’on abandonne les grands-mères ». Ces derniers les laissaient là, mourir de froid et de faim. Les Bactriens, qui habitaient au nord de l’Afghanistan actuel, jetaient les personnes âgées et les malades à des chiens dressés, appelés des croque-morts. Les rues étaient jonchées d’os humains.

En Afrique du Nord, les vieillards troglodytes qui n’étaient plus capables de suivre leurs troupeaux se suicidaient en se serrant une queue de bœuf autour du cou. Sur les rives Est de la mer Caspienne, les Derbica assassinaient les hommes qui atteignaient 70 ans avant de les manger. Les femmes étaient simplement étranglées puis enterrées. Chez les Massagètes des environs de la mer d’Aral, les personnes âgées étaient sacrifiées par leur entourage, puis cuites en même temps que le gibier. En ce qui concerne les Iazyges de Sarmatie, qui vivaient dans des régions au nord de la mer Noire, les enfants tuaient leurs parents à l’épée. Quant aux îles Diomède, dans les eaux battues par les tempêtes du détroit de Béring entre la Sibérie et l’Alaska, les Iñupiat euthanasiaient rituellement leurs anciens en ayant recours au couteau, à l’arme à feu ou au nœud coulant. Ceux qui manifestaient le désir de mourir expliquaient leur souhait à un parent, qui tentait alors de les en dissuader. S’ils ne changeaient pas d’avis, l’exécution avait lieu. Celui qui était sur le point de mourir retournait ses vêtements, et des proches l’amenaient sur un siège en peau de caribou jusqu’au lieu du sacrifice, situé à l’extrémité du village.

La personne en charge de tuer était nommée l’exécuteur – généralement le fils aîné du condamné. Un article publié dans le Southwestern Journal of Anthropology en 1955 raconte comment un enfant de 12 ans a tué son père avec un grand couteau de chasse: « Il indiqua à son fils où il devait frapper, à l’endroit vulnérable juste au-dessus du cœur. Le garçon enfonça profondément le couteau, mais le coup ne fut pas assez efficace. Avec dignité et résignation, le vieux père suggéra: “Essaie un peu plus haut, mon fils.” Le second coup atteignit son but. » En ce qui concerne le Nord canadien, on trouve l’histoire de Charles Francis Hall, un éditeur de journaux de Cincinnati ayant abandonné femme et enfants un jour de 1860 pour explorer le Grand Nord. Dans le sud de l’île de Baffin, proche de l’endroit où se trouve l’actuelle Iqaluit, il rendit visite dans son igloo à une vieille femme mourante nommée Nukertou, pour se rendre compte une fois arrivé que la population l’avait emmurée chez elle à l’aide de briques de neige. Jugeant que la laisser mourir seule n’était pas chrétien, Hall se força un passage. Il écrit dans son journal de bord: « Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, ai-je pu lentement compter entre chacune de ses inspirations. À la fin, j’ai pu compter jusqu’à dix-neuf mais ses expirations étaient courtes puis prolongées – irrégulières. Lentement, Nukertou a cessé de vivre. »

Environ soixante ans plus tard, au début des années 1920, Knud Rasmussen, explorateur et anthropologue, signala des rituels de cet ordre parmi les Inuits Netsilik de l’île du Roi-Guillaume. « Car », notait-il, « ici, la culture veut que, pour les personnes âgées qui ne peuvent plus rien faire et que la mort n’emporte pas, l’on aide la mort à venir les trouver. » Durant les longues marches d’hiver pour rallier différents terrains de chasse, les vieillards étaient abandonnés sur des morceaux de banquise pour y mourir. Dix ans après, l’aventurier français Gontran de Poncins vécut parmi les Netsilik et témoigna du cas d’un fils abandonnant sa mère dans le blizzard, un des derniers actes de sénicide connus. Poncins fut le dernier des explorateurs anthropologues. L’anthropologie est par la suite devenue une profession, avec ses lignes directrices et ses diplômes. Certaines questions ont été jugées pertinentes, d’autres tournées en ridicule. Les anthropologues modernes sont plus intéressés par la façon dont le christianisme, la télévision ou le réchauffement climatique affectent les Inuits. Plutôt que de finir enfermés dans des igloos, les vieux Inuits sont aujourd’hui principalement logés dans des maisons de retraite, qui ont poussé sur tout le territoire comme des champignons.

Pratiquement plus personne ne songe à cette funèbre coutume, et quand la pratique est évoquée, c’est pour la considérer comme un mensonge. « Au cours des trois derniers siècles, des explorateurs et aventuriers blancs, des inspecteurs de police, des missionnaires, des commerçants et tout particulièrement des anthropologues, sociologues et autres universitaires ont déversé plus d’une histoire malsaine à propos des Inuits », écrit l’anthropologue canadien John Steckley dans son livre paru en 2007 White Lies About the Inuit (« Les Mensonges des blancs à propos des Inuits »). Mais lorsque j’ai contacté Steckley au téléphone au Humber College de Toronto, j’ai été surpris d’apprendre qu’il avait écrit l’intégralité de son ouvrage depuis la bibliothèque universitaire. Cet homme n’avait jamais été en terre arctique.

[…]

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