Lettre à Klaus.

Mon cher Klaus,

je voudrais attirer ton attention sur le fait que tu es en train de commettre une grossière erreur.

Je veux parler de ton Grand Reset, évidemment.

Si nous étions dans une bande dessinée, tu constaterais qu’il flotte au-dessus de la tête des gens que tu croises – dans la rue, pas dans les couloirs des institutions internationales où tu t’abrites auprès de tes semblables – un gros point d’interrogation. Si tu avais quelque culture populaire, tu saurais que bien souvent dans les cases suivantes, ce point d’interrogation cède la place à un point d’exclamation, et parfois à des lignes brisées verticales, ce qui indique une grosse colère. Colère que, sans doute, tes camarades de think tank ont déjà prévue et anticipée. Mais ce qu’il faut lire dans grosse colère, c’est grosse colère. Vraiment très grosse. Vos petits instruments de bureaucrates n’ont pas la taille pour la mesurer.

Tu aurais d’ailleurs tout intérêt à te mettre à lire des bédés. Ça t’aiderait à acquérir une nouvelle perspective, bien plus utile au quotidien que les concepts qu’on retrouve dans certains chefs d’oeuvre de ta littérature nationale. Les allemands fabriquent d’excellents moteurs, mais leurs ouvrages de philosophie sentent un peu la chair brûlée, ce qui est désobligeant pour le nez – un peu comme leur pornographie, qui consiste essentiellement à montrer des gens qui se font caca dessus. Pour cette raison, je pense qu’ils devraient se limiter à rédiger des manuels techniques et des modes d’emploi. À chacun sa spécialité.

Ton concitoyen Nietzche – qui, comme toi, travaillait pour la Banque – probablement trop constipé pour faire carrière dans le X, a écrit que pour faire tourner la machine, il faut un petit peuple, assez ignorant pour se contenter de tâches subalternes, ingrates et répétitives. Un Untermensch trop primitif pour se révolter. Mais regarde un peu : moi qui t’écris, je suis ouvrier – dans un métier particulièrement dur, en plus – et je rédige mieux que toi, sans me faire aider, et des choses plus intéressantes, en anglais comme en français. Je parle un peu allemand aussi, assez en tout cas pour lire un mode d’emploi ou pour regarder un de vos très intéressants films en brun et blanc. En ce qui te concerne ton bouquin, il réunit les avantages des deux. Ton mode d’emploi du génocide planétaire sent un peu la merde.

Ah non, c’est pas lui.

D’après toi et les gens de qualité qui fréquentent ton forum, ce petit peuple est devenu obsolète. Dans ton nouveau modèle, ils sont dans le chemin. Il faut faire place nette – un thème récurrent dans l’Histoire. Untermensch, poubelle. Tu penses assez logiquement que toi et tes employeurs avez parfaitement tout planifié. Une épidémie providentielle – il faut te voir frétiller quand tu en parles – et vous aurez détruit l’esprit humain à coups de peur, de culpabilité, de discorde et de pauvreté. Une petite injection de nanoparticules et l’Homme devient le Borg. Toute résistance serait futile.

Mais vous avez loupé l’essentiel. Et c’est bien normal que ça t’échappe parce que ça t’est étranger.

L’essentiel pour un être humain, ce sont ses compétences.

L’ambition, l’arrogance et le toupet ne sont pas des compétences. Le mensonge, le vol et le meurtre ne sont pas des compétences. Le transhumanisme n’est pas une compétence. C’est l’idée malade de frustrés du contrôle, incapables d’aucune satisfaction dans la simplicité, effrayés par leur propre finitude et leur profonde vacuité. C’est leur Reset pour fuir leur inhumanité. C’est la fuite vers le bas de l’Homme sans Dieu.

Mais comprends bien que c’est votre problème. Pas le nôtre.

Depuis le temps que ta clique d’usurpateurs népotistes sabote, piétine et phagocyte les efforts des peuples que vous parasitez et maintenez sous votre coupe, que vos cousins attardés occupent les postes-clés, d’où ils achèvent de détruire ce qui reste de l’art et des sciences – c’est-à-dire pas grand chose – il y a de moins en moins à sauver dans ce monde, et tout à reconstruire. Pour ça on est entièrement d’accord. La seule science à peu près intacte aujourd’hui c’est l’anthropologie, et c’est juste parce que vous en avez fait l’arme qui vous sert à gérer le troupeau. Si quelques gens vaguement doués ont choisi de vous servir dans ce but, par opportunisme ou par lâcheté, les plus compétents restent sur le carreau. Dans cette société enterrée depuis des siècles sous vos mensonges et votre vulgarité, ils ne sont rien. Ils se sont toujours moqués de votre monnaie de singe, fausse valeur à obsolescence programmée. La monnaie digitale des banques centrales ne déchaînera pas leur passion non plus.

Leur problème est que leur compétence, ils aimeraient bien l’exercer. C’était difficile dans votre modèle de consumérisme à croissance infinie, ça deviendra impossible dans vos camps de concentration numériques. Dans les deux cas, ils ont été assez humiliés par des incapables, enchaînés par des médiocres au cynisme triomphant, qui ne font rien d’utile dans ce monde. Les gens intelligents sont autonomes, par définition, et ne consacrent pas leur vie à profiter du travail des autres pour ensuite leur détruire tout espoir de paix et de prospérité. Derrière tes promesses, on comprend bien les menaces. C’est ta pire erreur : tuer l’espoir. Tu es en train de leur apprendre qu’un homme sans espoir est un homme sans peur.

Peur et culpabilité, vos maigres armes. Elles pourraient bien se retourner contre vous, toi et tes associés, tôt ou tard. Plutôt tôt que tard, vu le niveau de violence actuellement infligé à l’ensemble de la société. Ton « développement durable », c’est la destruction immédiate de ce monde que vous laissez exsangue, avant de « mieux reconstruire » le pillage de demain. Quand le petit peuple réalisera qu’il n’a rien d’autre que sa servitude finale à espérer de vous – ce qui est en cours – ce n’est pas la complicité de vos créatures sous contrôle – journalistes prostitués, politiciens bouffons, féministes hystériques, jeunes smartphonisés, extrême-gauchistes cagoulés, assassins fanatisés, policiers sadiques, renseignement acheté – qui sauvera votre projet. Votre avalanche de drogues, alcool, télévision et autres mensonges séculaires n’a pas réussi à totalement déshumaniser sept milliards huit cent millions de personnes. Presque, mais pas assez. Vous avez été trop loin, et trop vite. Si j’en crois ce que je lis ici et là, votre « fenêtre d’opportunité » pourrait bien se fermer brutalement, avec un bruit de guillotine.

C’est pas lui non plus.

Les Français sont souvent dans la rue, ces temps-ci, et ce n’est pas pour s’habituer à leur prochain domicile – des millions d’entre eux sans logis d’ici avril, selon les prévisions. Ils ne sont pas très éclairés – en tout cas pas par toi – mais ils font ce qu’ils ont toujours fait le mieux : ils réagissent. Ils réagissent parce qu’ils se voient tout confisquer : leur pays, leur travail, leur santé, leur famille, leur maison, leur avenir et le peu de liberté qu’il leur restait. Beaucoup n’ont plus rien. Des gens qui ont travaillé dur toute leur vie en sont à mendier un peu de nourriture à la porte de leurs voisins, qui leur en donnent – parce qu’en France c’est comme ça. D’autres se suicident. Et on continue de se foutre d’eux, de les insulter et de les désigner coupables. C’est pas prudent de jouer avec ça. D’autant que la République n’en est pas à son premier génocide. Les morts pourraient revenir.

Si rien d’autre, les Français savent, au moins intuitivement, que la vie est censée être amusante. Le travail, la famille, l’amour, l’amitié ne sont pas juste des concepts abstraits. En lieu et place, ils ont des petits chefs qui leur infligent chaos, misère et désolation, comme des gosses cruels qui torturent des animaux. Les drones, la taxe carbone, la reconnaissance faciale, l’identité numérique, les nanopuces, les vaccins, la monnaie digitale des banques centrales, les villes intelligentes, la connexion au cloud, ils sentent bien que ça va les faire chier, comme dirait Chaval. Et il aurait raison : vous commencez à les emmerder très sérieusement.

Flûte, toujours pas.

Moi qui t’écris, j’ai passé un court moment du côté obscur, chez les petits apparatchiks sans envergure de la Kommandantur Européenne – bel assortiment d’anciens trotskistes, communistes et socialo-machins recyclés. Et puis j’ai repris ma vie en main. Je suis devenu ouvrier. Ainsi j’ai appris que le monde durement bâti par des mains de travailleurs est voué à la destruction par des gratte-papiers assis sur leur triste cul. C’est plus qu’un constat, c’est un axiome. Le Vieux Monde en liquidation totale. À coups de règlementations, décrets, normes, planifications. Ou de coups d’état. Un peu comme en Union Soviétique ou en Chine populaire. Le modèle du Grand Reset.

Mais voilà, votre truc n’est pas au point. Moi, vieux croyant de droite, je suis déjà plus communiste que les communistes. A la limite, stakhanoviste. J’aime mon boulot et mon statut d’esclave. Je l’ai choisi. J’y trouve ma dignité et un peu d’argent. La pauvreté ne me dérange pas. Je circule en deux-roues malgré mon grand âge, été comme hiver. Je n’ai pas de loisirs, je ne voyage pas et je ne fréquente personne, si ce n’est pour rendre service. J’accumule les points sociaux. Tes menaces totalitaires ne m’émeuvent donc pas tellement.

D’ailleurs les meilleures vacances de ma vie, c’était le premier confinement. A la campagne, pas dans les villes, où ce fut un cauchemar. Mais à la campagne – cette campagne où tu aimerais m’interdir de vivre – la nature, l’air, le silence et quasiment personne sur les routes. Quelques gentils parents qui promènent leurs gosses. D’autres qui promènent leur chien. Une parenthèse de normalité. De « nouveau normal », en quelque sorte. Tous les cons bruyants restent chez eux, et les animaux peuvent vivre tranquilles. Les blaireaux et les renards peuvent traverser sans se faire aplatir. Les grands rapaces sont de retour (ceux qui volent dans le ciel, pas sur les comptes d’épargne). En ce qui me concerne, ce confinement-là peut durer pour l’éternité. Mais bien entendu ça ne peut pas durer. C’est le calme avant la tempête. Avant le chaos bancaire.

Mais non, voyons. Trop chevelu.

Il y a deux catégories de gens sur Terre : ceux qui aimeraient qu’on leur foute la paix, et ceux qui ne leur foutent jamais la paix. Ceux qui bossent dur et les parasites qui les méprisent, mais en vivent. Le petit peuple et les milliardaires « philantropes », ces derniers expliquant aux premiers que la solution à tous les problèmes est de les maintenir dans la pauvreté éternelle – un des axes majeurs de ton programme. Pas que ce soit nouveau, mais ça finit par agacer.

Côté offensif, les virus de ta copine William et de son mari Melinda ne fonctionnent pas si bien que ça, à se demander si tout ça n’a pas été fait dans la précipitation : un peu de dérivé de quinine, un peu de soleil et les voilà qui battent de l’aile. Une dose de vermifuge, et les voilà anéantis. Un vieux professeur qui a l’outrecuidance de vouloir soigner le peuple, un vieux virologue celle d’en balancer un peu plus que prévu sur le virus et voilà vos laquais qui courent aboyer sur les plateaux de télé. Mais le mal est fait. Quand assez de monde aura compris de quel laboratoire sort ce bricolage et surtout qui l’a payé, ça va tanguer. Fallait pas jouer avec ça non plus.

Quand à ce « vaccin » (rien que le nom m’amuse), il faudrait peut-être éviter que le petit personnel s’évanouisse en direct à la télé peu après l’injection. Ça aussi ça manque de sérieux. Même les plus suicidaires vont finir par hésiter, ou pire, par se poser des questions. La propagande n’est déjà pas très fortiche, pouvez-vous prendre en plus ce risque de dissonnance cognitive?

Non, celui-ci a des lunettes.

Tu n’as pas la mèche folle de ton illustre prédecesseur, ni sa moustache ridicule, mais avec ton accent cocasse et ton physique très typé, tu peux encore prétendre à un petit rôle de sous-officier allemand dans une comédie française. Tu serais un rien chouette dans un bel uniforme, et ça ne te changerait guère de ton présent métier : mauvais acteur, engagé par un banquier. Comme ton prédecesseur mais en nettement moins bien. Pour nous vendre ton Quatrième Reich, tu n’as pas les épaules.

Tu échapperas peut-être à la colère du petit peuple et à sa fâcheuse manie d’aller chercher chez eux ses assassins et à les pendre à un réverbère – triste fin pour un candidat à l’immortalité. Quant à placer ta confiance dans les biotechnologies pour t’assurer la vie éternelle, un léger bug et voilà ton sort réglé. Dans tous les cas, tes derniers instants ici-bas pourraient être assez désagréables – peut-être même plus que la seringue de Rivotril dans une chambre de mouroir pour vieux fermée à clef. Rappelle-toi la sortie peu élégante d’un Voltaire, moment de pure panique, qui a dû lui sembler très long. « C’est le Diable qui vient le chercher », a dit quelqu’un. En effet. C’est d’ailleurs stipulé dans le contrat.

Que toi et ta petite équipe de démons de trente-troisième zone cessent de se fatiguer à faire advenir l’Enfer sur Terre. Le mieux qui puisse encore t’arriver est de commencer à règler ta facture dans cette vie. Le Patron – le vrai, pas le banquier – t’en présentera une de toute façon. Pour l’architecte de « la fin de l’humanité telle que nous la connaissons », elle risque d’être assez salée. De quoi t’indiquer la porte à côté. Après cette comédie pathétique qu’aura été ta vie, ta place y est réservée. Là il n’y a pas de problème de chauffage. Et ce n’est pas toi qui y feras la loi. Ça aussi, c’est dans le contrat.

Retournez d’où vous venez.

On ne vous a rien demandé.


Ah! Le voilà.

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