Où que l’on aille, on est là – Elliott Freed.

Je ne vais pas seulement parler des problèmes que nous traversons, je vais aussi parler des solutions. Je commence avec ce très beau texte de Elliott Freed. Traduction difficile – c’est plus percutant en anglais – mais j’ai vraiment fait de mon mieux!

Il y a un bonus en-dessous du texte original…

Source.


Traduction

Où que l’on aille, on est là.

Mon hypothèse de travail est qu’il n’y a pas d’échappatoire individuelle à notre condition. Nous sommes tous liés les uns aux autres. Nous sommes la société. Le meilleur moyen d’avancer, d’après moi, passe par les relations. Ce qui nous empêche d’avancer, c’est que nous établissons nous-mêmes les relations à partir desquelles la société est créée.

Lorsque nous changeons notre mode de relation, c’est alors que le changement se produit. Quand je change mon mode de relation, c’est une graine qui se propage vers vous. Lorsque vous changez votre mode de relation, elle se propage à nouveau, et nous commençons à former un réseau.

La clé, c’est que nous devons établir des relations entre nous, pas en considérant que nous vivons dans cette société et que nous voulons en changer pour une autre. Nous devons entrer en relation les uns avec les autres comme si nous étions déjà dans la société dans laquelle nous voulons être.

Et ce n’est pas la forme matérielle de cette société qui importe, mais la qualité de nos relations. La forme matérielle de la société dans laquelle nous vivons actuellement est l’expression de nos modes de relation actuels. Si nous voulons changer cette forme matérielle, nous devons changer notre mode de relation. Pas les sujets autour desquels nous établissons des relations, mais la façon dont nous établissons des relations.

Si nous ne changeons que les sujets autour desquels nous établissons des relations, par exemple en créant une communauté hippie au lieu de vivre en ville, nous finissons par créer la même chose que ce que nous avons quitté, avec les mêmes problèmes.

Comment dit-on déjà? Où que l’on aille, on est là. Où que nous allions, nous y sommes.


Texte original

No Matter Where We Go, There We Are

My working hypothesis is that there is no individual escape from our conditions. We are all bound together. We are society. The path forward as far as I can tell is through relationships. What sticks us up is, we are the ones relating in these ways out of which society is created.

When we change the ways we relate, then the change happens. When I change the ways I relate, that is one seed that expands out to you. When you change the ways you relate, that expands again, and we begin forming a network.

The key is, we have to relate to each other not as if we are in this society and want to change over to another one. We have to relate to each other as if we already are in the society we want to be in.

And it is not the material form of that society that matters, but the quality of our relationships. The material form of the society we live in now is the expression of our current modes of relating. We change that material form via changing our way of relating. Not the stuff we relate about, but the way we relate.

If we just change what we relate about, for example, starting a hippie commune instead of living in the city, we end up creating basically the same thing we just left, with all the same problems.

What do they say? No matter where you go, there you are. No matter where we go, there we are.


Bonus

Décide où tu veux aller
Et jusqu’où tu dois aller
Ne vois-tu pas?
Ne sais-tu pas?
Tu es ici

Décide d’où tu viens
Fais ton chemin en passant
Ne vois-tu pas?
Ne sais-tu pas?
Tu es ici

Décide où tu aimerais être
Et lève-toi, quand tu peux
Ne vois-tu pas?
Ne sais-tu pas?
Tu es ici

Tony Mansfield, 1980

Secrets officiels – M.

Bonjour,

on va parler d’agents secrets. Pas de James Bond, des vrais.

En attendant, pour occuper un dimanche pluvieux, voici la plage titulaire de « The official secrets act », par M. C’est un album époustouflant, je vous le recommande.

Note technique: pour apprécier pleinement l’incroyable qualité de la production de Robin Scott, si vous avez une bonne sono, réglez-la sur une sortie en 7.1.


Arnaqueurs et joueurs dans leurs tours d’ivoire
Font la pluie et le beau temps avec leurs super-pouvoirs.
(Secrets officiels)
Fiction ou réalité?
(Secrets officiels)
Entrez dans le jeu.

Bandits et vandales, on joue pour de vrai!
Mains sur la table: vous coupez, je distribue.
(Secrets officiels)
Il n’y a rien à cacher.
(Secrets officiels)
Laissez le peuple décider!

Il y a une chape de secret.
Nous sommes à l’ère de la conspiration.

Amoureux et amants, ne soufflez pas un seul mot,
Tout ce que vous direz sera entendu.
(Secrets officiels)
Entre toi et moi…
(Secrets officiels)
Et puis il furent trois.

Slogans et formules décorent les murs.
Personne ne bouge avant la tombée du rideau.
(Secrets officiels)
Nous marquons notre époque,
(Secrets officiels)
Sourds, muets et aveugles.

Mes lèvres sont scellées dans un pieux mensonge.
Je n’ai pour moi que mon image publique.

« Tu gardes ça pour toi! »

Des escrocs porteurs de badges soupçonnent tout le monde.
La défense civile se fait à la pointe du fusil.
(Secrets officiels)
Ouvrez la porte
(Secrets officiels)
Si vous voulez en savoir plus.

Il y a des choses qu’on ne peut pas cacher.
Tout est révélé pour être démenti.


Hustlers and gamblers in ivory towers
Are wheeling and dealing with superpowers.
(Official secrets)
Fiction or fact?
(Official secrets)
Get in on the act.

Villains and vandals, this game is for real.
Hands on the table: you cut, I’ll deal.
(Official secrets)
There’s nothing to hide.
(Official secrets)
Let the people decide!

There is a cloak of secrecy.
This is the age of conspiracy.

Sweethearts and lovers, don’t breathe a word,
Everything you say is about to be heard.
(Official secrets)
Between you and me…
(Official secrets)
Then there were three.

Slogans and jingles decorate the walls.
No one reacts ’til the curtain falls.
(Official secrets)
We’re marking time,
(Official secrets)
Deaf dumb and blind.

My lips are sealed in a little white lie.
All I’ve got is my public eye.

« Keep it to yourself! »

Crooks with badges suspect everyone.
Civil defense at the point of a gun.
(Official secrets)
Open the door
(Official secrets)
If you wanna know more.

There are some things you can’t hide.
All is revealed to be denied.

Le battement des coeurs.

Pour me faire plaisir et au cas où ça vous ferait pareil, voici une chanson de XTC, extraite de « Mummer », qui reste un de mes albums préférés du groupe. Quand ça va pas trop, j’ai quelques chansons en réserve, dont celle-ci. Selon moi, le rôle des artistes est de nous aider à vivre mieux, si possible. Faut bien qu’il méritent leur pognon, après tout.

Andy Partridge est un auteur-compositeur paradoxal, dégoûté par l’industrie de la musique alors qu’il en vit (il n’est pas le seul), et qui revendique son athéisme tout en célébrant en permanence (quand il n’est pas trop fâché) la Création, l’amour et la vie. L’album « Skylarking » en est l’exemple ultime, en plus d’être parfait, faute d’un mot plus juste. Outre ses oeuvres les plus « sérieuses », il n’est jamais aussi bon que quand il se lâche, comme par exemple dans le « Psonic Psunspot » des Dukes of Stratosfear, un grand moment avec l’inestimable contribution de son complice Colin Moulding, comme toujours.

Ceci n’est probablement pas sa « meilleure » chanson, dans le sens où il en a, comme je le disais, d’autres bien plus abouties – on peut dire sans exagérer qu’il a créé des dizaines de mini-chef-d’oeuvres – et on pourra trouver le texte un peu mièvre. Ce qui n’est pas grave, tant que ça fait du bien.

Est-ce que tu sais quel bruit te réveille?
Te tire de ton lit tous les matins?
Il vient des montagnes les plus lointaines
Il vient de dedans ta tête

Tu as entendu
Tu as entendu le son le plus fort de ce monde et de tous ceux que tu peux imaginer
Plus fort que celui des tanks sur l’autoroute
Plus fort que celui des bombardiers en vol
Plus fort que les bruits de haine
Il nous fait quitter en dansant la nuit la plus sombre, le rythme de l’amour
Entraîné par le battement des coeurs

Et savais-tu que tu détiens ce pouvoir?
Il martèle est ne cesse jamais
N’en fais jamais mauvais usage
Il ne joue que de bonnes musiques

Tu as entendu
Tu as entendu le son le plus fort de ce monde et de tous ceux que tu peux visiter
Plus fort que celui des tanks sur l’autoroute
Plus fort que celui des bombardiers en vol
Plus fort que les bruits de haine
Il nous fait quitter en dansant la nuit la plus sombre, le rythme de l’amour
Entraîné par le battement des coeurs

Car un coeur sans amour est une chanson sans paroles
Et un air que personne n’écoute
Alors ton coeur doit aimer et tu verras que tu brilles
Comme la pluie sur les feuilles, tu reluiras

Tu as entendu
Tu as entendu le son le plus fort de ce monde et de tous ceux que tu peux imaginer
Plus fort que les pensées des dictateurs
Plus fort que celui du ferraillement des glaives
Plus fort que celui des fusils qu’on recharge
Plus fort que les cris des seigneurs de guerre
Plus fort que celui des tanks sur l’autoroute
Plus fort que celui des bombardiers en vol
Plus fort que les bruits de haine
Il nous fait quitter en dansant la nuit la plus sombre, le rythme de l’amour
Entraîné par le battement des coeurs


Do you know what noise awakes you
Every morning from your bed
A-coming from the farthest hillside
A-coming from inside your head

You have heard
You have heard the loudest sound
In this and every world you can think of
Louder than tanks on the highway
Louder than bombers in flight
Louder than noises of hatred
Dancing us from darkest night is the rhythm of love
Powered on by the beating of hearts

And did you know you had this power?
Drumming on it always stays
Never try to use it badly
Tunes of good are all it plays

You have heard
You have heard the loudest sound
In this and every world you can visit
Louder than tanks on the highway
Louder than bombers in flight
Louder than noises of hatred
Dancing us from darkest night is the rhythm of love
Powered on the the beating of hearts

For a heart without love is a song with no words
And a tune to which no-one is listening
So your heart must give love and you’ll find that you shine
Like the rain on the leaves you’ll be glistening

You have heard
You have heard the loudest sound
In this and every world you can think of
Louder than thoughts of dictators
Louder than rattling swords
Louder than loading of rifles
Louder than screaming warlords
Louder than tanks on the highway
Louder than bombers in flight
Louder than noises of hatred
Dancing us from darkest night is the rhythm of love
Powered on the the beating of hearts

Ignorance.

Extrait de l’album jamais édité de Propaganda. C’est une démo, enregistrée en 1998.

Et voilà, l’Histoire se répète

Nouveau garnissage d’une vieille routine

Quelqu’un accuse quelqu’un d’autre

Parce que c’est comme ça que ça a toujours marché

Il n’y a pas grand chose que vous puissiez y faire

Il n’y a pas grand chose que je puisse en dire

Si personne ne veut entendre la vérité

Et que nous choisissons la voie de l’ignorance

C’est plus facile de regarder ailleurs

De faire comme si on n’avait rien vu

Et de se contenter de ce que disent les autres

Il suffit de se détourner et de fermer les yeux

Une petite trahison n’est rien de plus qu’un petit mensonge

[…]

Je vous en prie, croyez-moi

Parce que je le pense vraiment

Ce n’est pas que je m’en fiche

Mais je trouve la vérité insupportable

Je vous en prie, croyez-moi

Peu importe ce qu’on raconte

Le monde s’est égaré

[…]


So History repeats itself

New padding of an old routine

Someone is blaming someone else

Cause that’s the way it’s always been

There’s not a lot that you can do

There’s not a lot that I can say

If no one wants to hear the truth

And ignorance’s the path we choose

It’s easier to look the other way

Pretend you haven’t seen a thing

And settle for what others say

You only need to turn around and close your eyes

A small betrayal seems nothing but a little lie

It’s easier to look away

When you don’t like what you can see

What’s out of sight is out of mind

The less you ask, the more you find

There’s not a lot that you can do

There’s not a lot that I can say

If no one wants to hear the truth

And ignorance’s the path we choose

It’s easier to look the other way

Pretend you haven’t seen a thing

And settle for what others say

You only need to turn around and close your eyes

A small betrayal seems nothing but a little lie

Please believe me

Cause I mean it

It’s not that I don’t care

The truth I just can’t bear

Please believe me

Please believe me

No matter what they say

The world has gone astray

It’s easier to look the other way

Pretend you haven’t seen a thing

And settle for what others say

You only need to turn around and close your eyes

A small betrayal seems nothing but a little lie

Propaganda, 1998

Il est temps.

Il est temps que je sorte
De mon tombeau
Notre Terre est plus forte
Le ciel plus beau

Il faut que je renaîsse
Puisque j’étais mort
Que je casse ma caisse
Pour aller dehors

Au dehors ceux que j’aime
Se sont perdus
Dans le trente-sixième
Dessous-dessus

Il faut que je remonte
Parler avec eux
Pour qu’enfin ils aient honte
D’être malheureux

Viens, il est temps au matin
De renaître
Viens, il est temps

Il est temps de te dire
C’est le matin
Dans la vie que le pire
N’est pas certain

Que la nuit la plus sombre
Elle est dans le coeur
De ces foules sans nombre
Endurcies de peur

Qui est le responsable
De ce gâchis?
Sa tête est sous le sable
Je l’affranchis

Je dis d’une voix haute
Sors de ton sommeil
Ne cherche pas la faute
Trouve le réveil

Viens, il est temps au matin
De renaître
Viens, il est temps

Il est temps que je marche
Finie la nuit
Que je sorte de l’Arche
Malgré la pluie

Et que j’aie le courage
De vous revenir
Retrouver les orages
De nos souvenirs

Et des larmes qui mouillent
De vrai sillons
N’ayez donc pas la trouille
De l’horizon

Elle est bonne la Terre
A qui veut grandir
Ne faisons pas la guerre
A notre avenir

Viens, il est temps au matin
De renaître
Viens, il est temps

Il est temps que j’écrive
Un chant du jour
Où les rires poursuivent
Les mots d’amour

Il est temps que je plante
Un arbre tout neuf
Que sur lui l’oiseau chante
Pour bercer son oeuf

J’ai trouvé la lumière
Dans le tunnel
Et sur le cimetière
Brillent les ailes

Il est temps que j’évoque
Les morts que j’ai vus
Qui m’ont dit nulle époque
N’est jamais foutue

Qui m’ont dit nulle époque
N’est jamais foutue

Guy Béart, 1995

Carte postale.

Allumés les postes de télévision
Verrouillées les portes des conversations
Oubliés les dames et les jeux de cartes
Endormies les fermes quand les jeunes partent

Brisées les lumières des ruelles en fête
Refroidi le vin brûlant, les assiettes
Emportés les mots des serveuses aimables
Disparus les chiens jouant sous les tables

Déchirées les nappes des soirées de noce
Oubliées les fables du sommeil des gosses
Arrêtées les valses des derniers jupons
Et les fausses notes des accordéons

C’est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière grise
Il reste une carte postale

Goudronnées les pierres des chemins tranquilles
Relevées les herbes des endroits fragiles
Désertées les places des belles foraines
Asséchées les traces de l’eau des fontaines

Oubliées les phrases sacrées des grands-pères
Aux âtres des grandes cheminées de pierre
Envolés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision

C’est un hameau perdu sous les étoiles
Avec de vieux rideaux pendus à des fenêtres sales
Et sur le vieux buffet sous la poussière grise
Il reste une carte postale

Envolées les robes des belles promises
Les ailes des grillons, les paniers de cerises
Oubliés les rires des nuits de moissons
Et allumés les postes de télévision
Allumés les postes de télévision

Francis Cabrel, 1981


Bonus

Et ceci en bonus. J’y étais.